Par J. P. Rédigé le 13/05/2020

Au printemps, sa petite fleur bleue/violette colore joliment les champs de Normandie. Le lin est un végétal aux multiples vertus incitant les entreprises normandes à se développer et à innover pour répondre à une demande croissante.

Fleurs de lin d’hiver – Éraines © Jocelin Lecointe Photographies

Le lin est notamment utilisé pour la farine, l’huile et les compléments alimentaires, mais aussi en tourteaux pour l’alimentation du bétail et pour la fibre. En Normandie, il est essentiellement cultivé pour cette fibre, destinée à l’industrie textile.

Le lin, « l’or vert » de Normandie

Champs de lin d’hiver – Éraines © Jocelin Lecointe Photographies

La Normandie, qui concentre 63% des liniculteurs français, est de loin la première région productrice de lin textile au monde – 50% du lin textile mondial. Encré dans le paysage, le lin fibre – ou lin textile – est principalement cultivé en Seine-Maritime, dans l’Eure ainsi que dans le Calvados, sur une superficie totale de 60.000 hectares. Considéré comme « l’or vert » de Normandie, le lin textile de cette région doit sa très bonne qualité à un climat océanique tempéré, une terre riche et profonde ainsi qu’un savoir-faire local des liniculteurs et des teilleurs – pour l’extraction de la fibre.

Procédé de teillage – Seine-Maritime © Florence Letellier

Preuve d’une demande qui ne cesse de croître, au début de l’année 2020 deux entreprises de teillage de lin normandes, la Coopérative de Teillage de Lin du Neubourg – Eure – et le groupe Depestele – Seine-Maritime, ont investi dans de nouvelles unités d’extraction de fibres. L’augmentation de leurs capacités de production permettra ainsi de répondre à une demande croissante des filateurs chinois, indiens et européens.

Une fibre aux multiples vertus

L’industrie du textile est l’une des plus polluantes de la planète. A contrario, la culture du lin, non délocalisable, écoresponsable avec zéro déchet, présente des atouts indéniables d’un point de vue environnemental. Ne nécessitant aucune irrigation, aucun défoliant – produit chimique provoquant la chute des feuilles – et quasiment aucun intrant – produits fertilisants et phytosanitaires, ses avantages écologiques en font une alternative crédible au coton, par exemple.

Florence Letellier, créatrice de la marque Mont chat Michel © Florence Letellier

Florence Letellier, une jeune entrepreneure installée à Pontorson – dans la Manche, a décidé de tirer profit des multiples vertus qu’offre cette fibre. Lancée le 18 mars 2020, Mont chat Michel est une marque de bodys – de 3 à 24 mois, 100% lin et fabriqués en France. « Antibactérien, hypoallergénique et thermorégulateur, le lin présente des qualités certaines pour les tout-petits », souligne Florence Letellier.

Body Petit filou – manches longuesMont chat Michel © Florence Letellier

De la même manière, la Société Coopérative d’Intérêt Collectif LINportant installée à Évrecy – dans le Calvados – projette de produire 100.000 tee-shirts en lin biologique chaque année. Et, dans ce contexte si particulier, plusieurs entreprises comme LINportant participent à l’effort collectif en produisant des masques en lin. Autant d’initiatives qui promettent, malgré la crise sanitaire actuelle, un avenir radieux à la filière lin textile normande.

En Normandie, la filière du lin se porte bien économiquement et les vertus de sa fibre en font des vêtements se portant à toutes saisons et dans l’ère du temps. De la crise sanitaire liée au COVID-19 émerge la volonté de reconquérir notre souveraineté économique. Or, produire en France coûte plus cher et certains savoir-faire comme la filature de lin, ont définitivement quitté le territoire national pour la Chine, notamment. Dorénavant, les consommateurs seront-ils prêt à payer plus cher des produits de qualité 100% made in France? Après l’épidémie, des politiques incitatives permettant de produire et consommer local verront-elles le jour? Autant de questions en suspens qui détermineront nos modes de consommation futurs.