Par J. P. Rédigé le 19/12/2019

Le 26 juin 2018, Guillaume et Kevin Taurin partaient de Mortagne-au-Perche pour un tour du monde à vélo. Après 18 mois de périple, 21.000 km, 162.000 mètres de dénivelé cumulé positif au compteur et 13 pays traversés, les Ornais, Yvelinois d’adoption, ne comptent pas s’arrêter là! Aujourd’hui en Bolivie, ils sillonneront bientôt l’Amérique Centrale avant de traverser le Pacifique pour rejoindre l’Asie.

Objectif: 45 pays, 80.000 km en 3 ou 4 ans

Guillaume (à gauche) et Kevin Taurin – Dakhla, Maroc © Hey Bro

Kevin, 29 ans et Guillaume, 31 ans, étaient respectivement cadreur-monteur dans le milieu audiovisuel et chargé de projet dans l’automatisme et l’informatique industrielle. Depuis 10 ans, une fois par an, ils voyageaient à vélo: le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, les EuroVélo, des périples en Suisse… Autant dire que les frères Taurin n’en sont pas à leur coup d’essai! « Lors de nos périples en France et en Europe, nous sommes vite tombés amoureux de la proximité que nous avions avec les personnes rencontrées ainsi que du défi sportif. Mais, ne disposer que de quelques semaines pour s’équiper, vivre, sentir le voyage et être vraiment à fond dedans… C’est tellement frustrant! Pour être en totale immersion dans les pays, le seul moyen est d’y rester plusieurs semaines », affirme Kevin.

Tous deux en CDI, l’idée d’un tour du monde s’est pourtant très vite imposée. « À un moment donné, nous nous sommes dit: « devons-nous développer notre carrière professionnelle et fonder une famille ou, devons-nous partir pour un gros trip à vélo? Dans un premier temps, il était question d’un tour d’Europe. Finalement, nous nous sommes lancés dans un tour du monde: une aventure beaucoup plus longue et enrichissante notamment grâce à la découverte de différentes cultures. Nous voulions être en totale déconnexion avec notre quotidien et la société dans laquelle nous vivions. Le vélo est un excellent moyen d’y parvenir car il permet de découvrir des petits villages dont nous n’aurions probablement pas eu envie de nous rendre, que ce soit en voiture ou en van. Au détour de ces chemins, ces découvertes nous permettent de trouver à manger ou un lieu pour dormir. De là, émane d’authentiques rencontres. Au bout d’un an et demi, nous sommes encore sur les routes. »

Après la traversée de la France, de l’Espagne, du Portugal, d’une partie de l’Afrique de l’Ouest puis l’Atlantique en voilier pour rallier l’Amérique du Sud… Les voici désormais sur les routes du Pérou, le 13ème pays sur les 45 à explorer. Ce continent, « d’une richesse humaine et d’une authenticité certaine » semble les retenir depuis quelques mois déjà.

De 90 km quotidiens, ils ont réduit le rythme à 50-60 km depuis leur arrivée sur le sol sud-américain. « Au départ, poussés par cette envie d’entrer vite dans le projet, nous étions sur une cadence sportive. Depuis le Brésil, nous prenons le temps de savourer le chemin, le voyage et les rencontres. »

Initialement prévue pour 3 ans, leur aventure durera très probablement plus longtemps: « nous sommes très loin de nos objectifs mais, si notre voyage dure une année de plus, ce n’est pas grave puisqu’il faut profiter! Notre nouvelle philosophie est de prendre le temps en ne visant plus uniquement les kilomètres à parcourir. C’est aussi cela la magie du voyage! Nous nous fixons donc 3-4 ans pour boucler notre tour. »

« Promouvoir l’écologie, le partage et l’humanisme »

La rencontre de la famille de Javier – près de Mendoza, Argentine © Hey Bro

« Notre objectif est de promouvoir l’écologie, le partage et l’humanisme. L’idée n’est pas de parcourir 80.000 km jusqu’à l’arrivée sur Paris mais plutôt de témoigner des échanges que nous avons eu avec les personnes croisées sur la route et de véhiculer une image positive du voyage à vélo. Le plus important pour nous est bien cette proximité que nous avons avec les personnes, grâce à ce moyen de locomotion. »

« Ce qui me frappe dans ce voyage, ce sont les rencontres. Celle avec Javier en Argentine, près de Mendoza en longeant la Cordillère des Andes, est symbolique. Au départ, il voulait simplement nous donner de l’eau: il nous ramène une bouteille de 6 litres! Alors que nous parlons, une éclipse solaire totale a lieu à l’endroit où nous étions, la NASA est même venue, c’est dire cette chance que nous avions. Très content de savoir que nous voyageons à vélo, un feeling est vite passé avec lui: il nous a finalement hébergé pendant plus d’une semaine en nous offrant tout! Il nous a présenté sa famille, nous avons beaucoup échangés… C’étaient de merveilleux moments. Javier a remis beaucoup de choses en question dans ma manière de voyager et de faire. Il est certain que le chemin et les rencontres me changent. »

L’invitation au voyage à vélo

Le salar de Coipasa, l’un des déserts de sel de Bolivie situé à 3.680 mètres d’altitude © Hey Bro

Kevin, le réalisateur des capsules vidéos, partage l’aventure sur le site internet de l’association Hey Bro ainsi que sur YouTube, Facebook, Instragram et Twitter.

Ils espèrent aussi susciter des vocations. « Nous visons trop la sécurité en Occident, surtout en France. Avez-vous envie? Oui? Alors faites-le! Il ne faut pas se poser de question, il faut foncer, y croire et surtout ne pas penser aux barrières. Ne pas penser à la barrière de la langue: nous avons un niveau d’anglais et d’espagnol moyen, nous ne parlons pas pleins de langues, comme l’arabe. Pourtant nous parvenons toujours à communiquer. Il en est de même pour la barrière financière: en cas de difficulté, il y a toujours la possibilité de rester dans un endroit pour travailler. D’ailleurs, certains disent que le voyage commence quand nous n’avons plus d’argent, je rejoins aussi cette philosophie-là. Dormir en tente, dépenser très peu d’argent et le tour est joué! Il faut juste savoir ce que nous voulons dans la vie et s’en donner les moyens. »

« Temporairement séparés pour vivre une petite aventure dans l’aventure, nous nous rejoindrons plus tard sur la route ». Chacun de leur côté, les fêtes de fin d’année se dérouleront toutefois en compagnie de deux autres aventurières françaises à vélo, Kevin avec Maïwenn, une amie d’enfance et Guillaume avec Alice, rencontrée sur le chemin. Tandis que Kevin et Maïwenn passeront Noël en Amazonie péruvienne, Guillaume et Alice le fêteront à Cusco, l’ancienne capitale économique et politique de l’empire inca située au sud-est du Pérou, au milieu de la Cordillère des Andes.